jeudi, octobre 15 2020, 20:00

Mon experience en SSII, oups je veux dire ESN

J’ai commencé ma carrière dans l’informatique au millénaire précédent. Sortie fraîchement d’études courtes, mais tard, je suis rentré de mon stage en Islande en cherchant du travail. Mon travail de stagiaire avait consisté à la mise en œuvre d’une solution de Computer Associates (CA), nommée Unicenter TNG. Une suite logicielle pour faire de la supervision, de la sécurité et de l’ordonnancement – qui tournait sur tout ce qui existait ou presque (HP-UX, Tru64, Solaris, AIX, Windows NT…). Ces quelques mots traînaient sur mon CV (moi je voulais être calife à la place du calife : root, comme JMM l’avait été sur ma première machine unix, un Gould.). Mon CV est donc passé d’une boite pour laquelle j’avais fait des entretiens à la boite qui allait être la mienne pour les sept prochaines années. Je suis entré dans une SSII sans le savoir, on m’avait bien formé à l’IUT, mais on ne nous avait pas expliqué le marché du travail – pour être correcte, on l’avait sans doute fait, mais je n’avais sans doute pas écouté.

Première boite

Je signe dans cette société montée il y a un an par un ancien commercial de CA. Je passe mes premières semaines, entre un client avec un Senior et en formation (2 ou trois), mais sans grande mise en pratique. Puis je suis placé en prestation, chez un client en horaire posté. Mon boulot est simple, je dois être présent de 7:00 à 14:00 et gérer les sauvegardes et des transferts de fichiers. Cela consiste à mettre des coups de stabilo sur une feuille excel, appeler les sites distants pour faire nettoyer les lecteurs de bandes, faire remplacer les lecteurs quand ceux-ci ne fonctionnent plus. Je suis dans l’équipe d’opérateurs, mes deux collègues et leurs chefs supervisent le bon fonctionnement des batchs et le lancement de ceux-ci sur un MVS de chez bull. Accès à Internet via émail, blâme avec ceux qui envoient le plus d’émail. Mais y a un collègue aux études qui a monté une machine Linux et je joue dessus. Je passe mes après-midi au “bureau” de la SSII, un 1/2 étage ou reste le commercial, le patron et le comptable. Il y a aussi un ou deux nouveaux, qui sont, sois en formation, sois en attente de contrats et un ou deux chefs de projets qui passent au bureau quand ils ne sont pas en train de travailler sur ces projets. Justement, une grosse SSII a des besoins et aime bien cette solution (à l’époque y a rien en Open Source) et ma boite prépare un contrat d’accompagnement à la mise en œuvre en mode projet. Le client exige une augmentation de 30 % des Jours/homme pour être sûr que le projet puisse aboutir. Le commercial me sort de chez le client, je serais plus rentable sur ce projet, me voila enfin avec le pied a l’étrier à utiliser putty à longueur de journée pour faire du telnet et écrire du ksh afin de déployer le produit sur les machines du client. Nous sommes dans une pièce chez le client entre nous : une équipe. C’est super, le projet se finit bien, j’enchaîne sur d’autres projets, dont certains me forcent à devenir autonome sur le produit (c’est compliqué de téléphoner au support depuis l’Afrique :)). Les projets se font rares, mais notre expertise est reconnue. Je passe donc de projet de mise en œuvre à de l’accompagnement client. C’est fatiguant, car 3 jours ici, puis 3 jours-là, mais j’aime ça. À chaque client un problème particulier, une architecture différente, je vois et ça rentre. CA a vendu sa solution à tous ces clients ou presque, mais il n’y a plus de projets, j’ai donc quelques missions en mode régie. On arrive chez le client et on y reste ad vitam æternam ou presque, c’est dépressif. On a bien essayé de me faire monter en compétences sur une expertise sauvegarde (formation Netbackup, TSM, etc.) mais notre boite n’a pas de réputation sur le sujet et trouver des clients devient compliqué quand on n’est pas recommandé par un éditeur de solution. J’ai beaucoup aimé cette SSII, car elle était à taille humaine quand je l’ai rejoint, employé n° 25. Nous étions une équipe. On travaillait sur des projets, et j’apprenais beaucoup (clients différents, configurations différentes), même si je dois reconnaître que les deux missions assez longues mon assez déplu.

Deuxième SSII

J’avais le projet personnel de quitter Paris et sa banlieue – ma cible l’Alsace. À l’époque, on envoyait encore beaucoup de courrier. Après presque un an de recherche sans réponse ou avec quelques rares réponses négatives, Boite n°1 m’a trouvé une mission sur Nancy. Cela m’a permis d’entrer avec l’agence de ma deuxième boite, qui était à Strasbourg. Après avoir passé un entretien chez un client à Sochaux, j’ai signé avec une baisse de salaire de 17 %. J’étais loin de ma cible – j’avais perdu du salaire (mais compensé par des notes de frais au forfait, chose que j’ai comprise un peu plus tard). Je travaillais comme sou-traitant qu’une grosse boite, dans une grande SSII, prête par l’agence de Strasbourg à l’agence de Belfort. J’étais un n° permis d’autre. Un lundi il avait fort neigé et le client avait donc fermé son site de production, et étant novice, je n’avais pas appelé le numéro vert pour savoir si le site restait ouvert ou fermé. Ne sachant que faire, le commercial me fit passer à l’agence pour préparer une prestation d’une journée chez un autre client. Je m’y rendis et découvris sous un grand tapis de souris un imprimé d’une feuille xl, contenant le nom et les rémunérations de tous les collaborateurs de l’agence – mes 17 % de pertes furent oubliés :-) Le client cherchait donc à rationaliser ces coûts informatiques et à prendre une prestation globale en plateau, le tout facturé à une seule société. Les commerciaux des trois ou quatre SSII étaient donc au petit oignon pour le client, lui cirant les chaussures à qui mieux. Le travail était très récurrent, pas intéressant du tout et surtout chaque chose prenait beaucoup de temps. Cela n’était vraiment pas intéressant. Nous eûmes une soirée d’agence, ou les pontes de l’agence de Strasbourg (celle dont je dépendais) vinrent faire un tour. Je n’ai aucun souvenir précis de cette soirée – mais je me souviens de toutes les soirées de Boite n°1. Puis un jour, mon client me demanda de passer dans son bureau, on parla de tout, de rien et en sortant de sa cage de verre, il me dit simplement, « A au fait faudrait que tu passes à l’agence ce soir. » Le soir dit, je vais à l’agence, c’était un mercredi, je rencontre le commercial qui m’incendie, me dit que le client n’est pas content, qu’il ne me fait plus confiance. Je suis assez interloqué, je n’ai pas crié, pas fait le con comma ça a pu m’arriver avant, mais là, je ne vois pas du tout de quoi le commercial me parle. Il me met la pression en me disant que le travail que le client m’a donné à faire pour vendredi a intérêt à être nickel. Je rentre “chez moi” assez secoué, je ne comprends rien à ce qui m’arrive. Le lendemain matin, je vais donc voir tout penaud mon client en lui demandant ce qui ne va pas. La réponse me soulage et m’énerve à la fois. N+2 est passé lundi matin, comme je gérais un incident de production, je ne lui ai pas dit bonjour et il a trouvé que la dizaine de cannettes vide sur mon bureau faisait du plus mauvais effet. Ensuite, il m’indiquait que le boulot pour vendredi, je l’avais rendu au petit oignon le jour précédent. Bref, on me faisait “confiance” – tellement que ma période d’essais était renouvelée a la demande de l’employeur. Cela m’arrangea bien lorsque je démissionnais juste avant la fin de ma période d’essais. Cette démission ne se passa pas bien, on pensa que je voulais aller dans une autre SSII (une qui aurait potentiellement gagné les plateaux du client). ON me menaça presque de me pourrir la vie si c’était le cas, enfin, on me mit la pression lorsque je demandais un jour pour aller faire un entretien, arguant que ma date et mes jours avaient déjà été négociés avec le client. Bref n’être qu’un numéro, dans une société qui ne regarde que le court terme, qui n’a dans les faits qu’un seul client, plus jamais. La régie ce n’est pas intéressant sur les postes de sysadmin, on ne fait que du récurrent. Une fois qu’on maîtrise l’environnement du client, on s’emmerde.

Recherche en 2019

En 2019, j’ai cherché du travail, j’avais mis les SSII ESN hors courses, car j’avais vraiment un souvenir moisi de la dernière où j’avais officié. Mais après quelques mois, je m’étais finalement dit pourquoi pas. J’avais donc contacté N°1 dont j’avais un bon souvenir, mais il n’avait pas d’agence locale. J’ai donc mis mes CV au format desdites SSII qu’y m’ont proposé chez le même client – pas les mêmes projets. Mais ça ne l’a pas vraiment fait, vu que mon CV était pas avec toutes les bonnes cases. Mais au moins je ne pouvais pas me dire que je n’avais pas essayé.

Conclusion

Je ne regrette pas mon “choix” en début de carrière, car j’y ai beaucoup appris. Les longues missions en régies sont bien moins intéressantes techniquement, mais elles permettent d’aller au CNAM, de gérer une vie de famille, mais c’est beaucoup moins intéressant.

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