Tuesday, June 25 2019, 14:49

Retour sur 10 ans de télé-travail

Cette année j’ai fêté mes 10 ans de télétravail – au sein de la même structure, sur deux types de postes différents, dans deux pays de l’union européenne. Cette expérience m'a donné envie de vous donner mon point de vue en tant qu’employé.

Avant de commencer j’avais à la fois peur de ne rien glander ou, au contraire, des tâches immenses qui m’attendaient. J’ai commencé un 1er février, j’habitais à La Haye. Pour de bêtes raisons logistiques, c'était compliqué pour mon employeur de me fournir une machine, elle devait en effet traverser le monde. Ma machine personnelle m’a servi jusqu’à ce que je rencontre mon patron en fin de mois au Fosdem et qu’on fasse quelques emplettes informatiques au Media Markt du centre de Bruxelles. Je me suis équipé d’une imprimante scanner, afin de pouvoir faire la paperasse relative au fait que j’étais devenu un employé télé travailleur – de même le réseau informatique de la maison se devait de fonctionner. J’ai donc investi dans une solution wifi, alors qu’auparavant j’étais en filaire (avec un câble qui traversait l’appartement du salon à mon bureau). Je me suis équipé d’une clef 3G, afin d’avoir une solution de secours en cas de coupure d'Internet. Voilà, j’avais matériellement tout ce qu’il me fallait pour travailler depuis mon chez moi.

J’ai réglé le problème de ma supposée flemmardise, de ma peur du poil dans la main en réglant ma vie comme à l’armée. Levé 7 heures, à 8 heures j’avais pris le petit déjeuner et j’étais habillé. Le fait de m’habiller et de pas traîner à poil ou en pyjama toute la journée avait comme effet psychologique de me mettre dans le bain – un peu comme l’effet que peut avoir le trajet domicile-travail le matin. Puis je commençais à travailler – lancement du client IRC (et je n’utilisais pas de bouncer, si on voulait me causer quand j’étais hors ligne, il fallait tout simplement m’envoyer un courriel). 12h déjeuner et donc pause pour faire un petit break. Reprise du travail ensuite jusqu’à 18 / 19h et plus tard en cas de réunion. (En effet la plupart des gens avec qui j’ai travaillé étaient sur le côte ouest des États-Unis.)

Après quelques mois sans aucune forme de vie sociale, j’ai ressenti un manque – celui de parler physiquement avec des gens – j’ai donc cherché un travail. En même temps, je me suis inscrit sur un groupe meetup de francophones locaux. J’ai donc eu de nouveau du lien social et par conséquent j’ai continué à travailler depuis chez moi. Ce qui m'a permis d'avoir à nouveau du lien social et de continuer à travailler depuis chez moi. Enfin, j’ai rencontré quelqu’un qui est venu vivre chez moi. Beaucoup moins besoin de lien social. Cette présence a aussi réglé un des problèmes que j’avais, à savoir arrêter de travailler le soir, ne pas trop travailler les week-ends. Bien sûr, cela a ajouté des problèmes, il a fallu que j’explique que oui j’étais à la maison, mais que j’étais en train de travailler et qu’il fallait pas trop me déranger. À cette époque, j’avais un bureau avec une porte, quand celle-ci était fermée cela signifiait : ne pas déranger.

Il m’est bien sûr arrivé de ne pas avoir envie de bosser, d’avoir envie de glander ou d’aller faire un petit truc qui au lieu de prendre 10 minutes prenait 2 heures. Et donc de me sentir mal vis-à-vis du contrat moral qui me liait à mon employeur, résultat je mettais très très souvent les bouchées double le lendemain, ou durant le week-end qui suivait.

Il m'est arrivé aussi d'aller dans des espaces de co-working (coucou tau). J'y ai trouvé du lien social et la tranquillité d'avoir un bureau, mais pour des raisons personnelles j'ai quand même préféré travailler de chez moi ( avoir un œil sur bébé , pour que madame puisse sortir). Si vous avez peur de manquer de motivations, passer par du co-working résoudra sans doute vos peurs.

En conclusion, j'adore le télé-travail, cela me permet de m'organiser comme je veux, c'est super souple. Les contreparties étant qu'on est un peu coupé des collègues, car c'est difficile de rattraper les pause cafés. Pour mon employeur ça a toujours été un gain puisque je n'ai jamais compté ni mes heures ni mes jours, et que je me suis très souvent porté volontaire.

Ma liste de petit trucs pour que ça se passe bien :

  • Se fixer un rythme de vie et s'y tenir.
  • Savoir dire stop - j'ai fini pour aujourd'hui, pour cette semaine.
  • Rencontrer/parler à des gens pratiquant le même métier, que ce soit des collègues, ou des inconnus - ça permet de pas péter de câbles.
  • Toujours avoir une solution de rechange pour l'accès a Internet (Même McDo est une telle solution).
  • Ne pas manquer les réunions organisées par la boite - ça permet de se sentir dans la boite et pas en dehors.
  • Lire les mails généraux pour savoir ce qui se passe et ce que tous vos collègues savent car ils vont à la machine à café
  • Ne pas hésiter a demander de l'aide - que se soit pour sa vie perso ou pour un truc sur lequel on pèche techniquement - ça permet d'avancer et de pas s'enfoncer en restant tout seul dans son coin.
  • Faire des sauvegardes, ça sauve la vie. Par exemple, quand on foire une mise à jour d'OS et qu'on doit remonter la machine en urgence.
  • Aller de temps en temps au bureau - si c'est possible, afin de choper l'ambiance, d'aller à la machine à café et de rattraper tout ce qu'on a pu manquer parce qu'on travaille de chez soi.


Enfin ce qui fait que le télé-travail fonctionne c'est la relation de confiance entre l'employé, l'employeur et le manager d'icelui. Sans confiance ça ne fonctionne pas du tout.

Merci à Natouille, Relf et Goofy pour leur relecture. Merci à Grammalecte de pas me faire trop passer pour un gougnafier quand j'écris.