« Sarkonaparte | Main | Au secours »

Même pas faux*

Samedi 31 octobre 2009

La recherche s'industrialise, on l'a déjà vu, l'immense majorité des travaux se fait maintenant sur programme. Les chercheurs vendent aux bailleurs de fonds des résultats déjà acquis, pas de risque. Dans le même temps, lesdits bailleurs (agences, institutions de recherche) essayent contrôler l'usage qui est fait de leurs fonds et en corollaire l'activité des chercheurs**.
Les jugements qualitatifs d'autrefois sur l'activité des chercheurs ne sont plus de mises, il faut maintenant des critères « objectifs », quantifiables. D'où la débauche de bibliométrie à laquelle on assiste maintenant. La machine à évaluer s'est emballée avec l'arrivée sur le marché du facteur H du nom de son auteur monsieur Hirsch. Monsieur Hirsch a fait un travail scientifique tout à fait à la hauteur, malheureusement ce travail a été réduit à sa plus simple expression, celle qui ne s'applique que dans les cas les plus simples où le facteur H n'est d'aucune utilité. Il tient compte en principe de la qualité des articles en intégrant le nombre de fois que ces articles sont cités. D'après son auteur il remplace avantageusement les critères comme : nombre total de publications, nombre de citations, nombre de citations par article, nombre d'articles ayant un nombre de citations supérieur à un seuil donné.
Ce qui fait le succès de ce paramètre est la facilité avec lequel on peut l'obtenir. Il suffit pour cela d'accéder à une base de données bibliographique et d'en extraire les publications d'un individu (ce qui peut se révéler ardu s'il se nomme Martin, pour Hirlimann ça va), puis de classer ces publications en fonction du nombre de fois qu'elles sont citées dans d'autres publications.

web of science.jpg

Cliquer sur l'image pour l'agrandir

Le facteur H est la valeur numérique du numéro de classement de l'article quand ce nombre est égal au nombre de citations. Complètement magique. Et on comprend bien ce qui fait le succès de ce nombre.
ingenierie.tifComme l'a fait remarquer Frank Laloë, l'usage abusif de ce facteur oblige à publier beaucoup et continûment, ce qui conduit à favoriser la continuité d'une carrière, à décourager la prise de risque, à faire rechercher la participation à une équipe la plus large possible où tout le monde est co-auteur de tous les articles et cite tous les articles. La mobilité thématique qui interrompt le flot de publications est défavorable à une carrière bien comprise où la créativité qui conduit à publier rarement des articles très cités.
Ajoutons, pour finir, que l'usage intensif de ce facteur conduit à pratiquer un sport nouveau : l'ingénierie fine du facteur H. En effet que voit-on sur la figure ci-contre ? Trois de mes publications ont un taux de citation de 15. Si je demande à des amis de citer (à charge de revanche bien sûr) les deux premières respectivement 3 et 2 fois, que sa passe-t-il ? Mon facteur H passe à 16 ! Soit une augmentation de 7% sans que ni ma productivité, ni la science n'aient progressé en quoi que ce soit. Déprimant.


_______________
*Ce titre est une allusion à l'article de Frank Laloë paru dans la revue de la Société Française de Physique « Reflets de la Physique » numéro 13, page 23. refdp200913p23.pdf.
**Dans ce domaine l'Europe se surpasse en demandant des feuilles d'activité (time-sheet) journalière !

Post a comment

(If you haven't left a comment here before, you may need to be approved by the site owner before your comment will appear. Until then, it won't appear on the entry. Thanks for waiting.)

About

This page contains a single entry from the blog posted on 31 octobre 2009 20h40.

The previous post in this blog was Sarkonaparte.

The next post in this blog is Au secours.

Many more can be found on the main index page or by looking through the archives.

Creative Commons License
This weblog is licensed under a Creative Commons License.