Samedi 23 février 2008
L'évolution actuelle de la structuration de la science nous entraîne vers un mode d'activité sur projet.
Quel peut bien être le théoricien qui a conçu cette évolution ? Probablement n'y en a-t-il pas. Le financement de projets de recherche par un nombre croissant d'institutions en est probablement responsable : régions, Europe, ANR ...
Cette évolution du fonctionnement de la recherche pose la question de la place de la créativité. Il convient bien sûr d'en assurer le financement régulier sur le long terme. Si cette part est préservée, la créativité n'est probablement pas incompatible avec la notion de projet. Il convient aussi de ne pas mélanger science et technique ce qui pour le moment relève du vœux pieux. Il ne faut pas demander aux chercheurs fondamentaux de se transformer en technologues. C'est un métier qu'ils ne connaissent pas et dans l'exercice duquel ils ne peuvent être que détestables. Par contre ils doivent rendre des comptes sur leur créativité.
Les Bell Labs du temps de leur gloire, jusqu'à la fin des années 80, recrutaient sur projet des jeunes gens à qui il était demandé d'être créatifs. Peux d'entre eux tenaient la distance à long terme, tous courraient après un Prix Nobel. Les survivants devenaient responsables des orientations scientifiques, souvent après une large moisson de prix prestigieux, les autres irriguaient de leur savoir faire, de leur expertise, de leur expérience, les universités et les entreprises du pays, troquant leur sécurité matricielle pour devenir qui pédagogue, qui ingénieur, qui entrepreneur. Le flux de cette dynamique a été rompu sans que les conséquences n'en soit encore mesurées.
