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février 2008 Archives

18 février 2008

Académie des Sciences

Mardi 5 février 2008

Séance solennelle de l'Académie des Sciences : remise des prix de l'année 2007. La séance originelle de novembre avait été remise pour cause de grève des transports.
Marc Drillon reçoit aujourd'hui le prix de Chimie de l'Académie.
Cérémonie très formelle : gardes républicains formant la Haie d'Honneur, roulement de tambour à l'entrée des membres de l'auguste assemblée. On peut regretter que très peu de nos immortels ne se soient mis en habit. Madame la Présidente de l'Académie Française est présente et s'ennuie deux heures durant avec beaucoup de dignité.
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Hélène Carrère d'Encausse secrétaire perpétuel de l'Académie Française

Pendant cette longue séance solennelle j'ai appris, avec beaucoup de plaisir, que « la théorie quantique bidimensionnelle est équivalente à la théorie des cordes bosoniques ».
Marc drillon
Marc Drillon recevant le prix de Chimie de l'Académie des Sciences

Après la distribution des prix, buffet cohue dans un espace trop restreint. La coïncidence intéressante consiste en la présence simultanée de représentants de mes deux communautés de savoir. Les matériaux, avec Marc Drillon, mais aussi celle des lasers à impulsions ultracourtes. En effet Gérard Mouroux actuel directeur du LOA qui a des grands projets pour la région parisienne à reçu un grand prix pour le développement de l'amplification d'impulsions lumineuses laser par dérive de fréquence. Emmanuel Desurvire a reçu, lui, un prix pour le développement du dopage de fibres optiques à l'erbium pour l'amplification ; on lui doit la remise en forme entièrement optique des signaux lumineux transmis dans les câbles optiques qui enserrent le Monde dans un filet.

Dans le Thalys de l'aller le garçon de bar ma mis en garde que la bière Duvel, 8,5%, que je venais de commander risquait fort de déborder du gobelet en plastique et que je devais verser avec lenteur et parcimonie. De fait, le remplissage du gobelet s'est avéré délicat par la quantité de mousse produite et aussi la petitesse du gobelet. Ne pourrait-on suggérer au fabricant du gobelet, PVC dur et transparent, de les rincer dans un tensioactif avant de les mettre sur le marché ?

19 février 2008

Charité n'est pas justice

Samedi 16 février 2008

J'ai vu ce matin sur la chaîne parlementaire un excellent programme sur l'éradication mondiale de la poliomyélite. Petit défaut, le programme laissait croire que cet énorme travail qui a déjà coûté 7 Mi€ était le résultat d'une collaboration exemplaire entre des institutions, comme l'OMS, et le secteur privé, fondation Bill Gates et Sanofi-Pasteur. C'est oublier bien vite que des centaines de chinois ont été traités par leur gouvernement pour faire croire que les solutions ne peuvent venir que du privé. C'est oublier aussi que ce sont les multinationales qui sont fortement responsables de l'épouvantable appauvrissement de l'Afrique Noire (sans être les seules). Je croyais que le Siècle des Lumières nous avait enseigné que « charité n'est pas justice ».

Éoliennes

Dimanche 17 février 2008

En date du 9 février, un excellent dossier sur les éoliennes dans LE FIGARO magazine. Très complet ce dossier donne pour la première fois une vision nationale de l'implantation des machines actuelles et à venir. Dossier essentiellement à charge qui montre clairement que les écolos sont en train de se faire récupérer par le « marché » et qu'ils seront responsables d'une augmentation du prix de l'énergie électrique payée par les consommateurs au profit de grands groupes multinationaux qui se hâtent de racheter les fabricants et les opérateurs d'éoliennes.
L'économie de production de CO2 se résume à une confrontation de chiffres 5 ou 0,5 % ?

20 février 2008

Âge de l'obsolescence congénitale

Mercredi 20 février 2008

J'ai eu connaissance ce matin du livre de Martine Sonnet, « Atelier 62 » paru en janvier chez « Le temps qu'il fait », dans lequel elle évoque le travail de forgeron de son père chez Renault à Billancourt. Cet homme a quitté son travail à la forge en 1976, l'année où j'ai obtenu mon premier poste d'enseignant. Le mien de père, qui a longtemps travaillé à Gennevilliers pour la Société des usines Chausson m'a souvent parlé des forgerons de ses ateliers de production dont la tâche consistait à restaurer en permanence les outils d'usinage. Lorsque la dernière forge a fermé dans les années 80, il a récupéré tout un ensemble de pinces de forge, par nostalgie.

Bien que quelques maréchaux-ferrants et quelques éducateurs des enfants des écoles et des touristes exercent encore cette noble activité tri-millénaire, on peut très certainement dire qu'il n'existe plus de forgeron utile dans nos sociétés occidentales. Nous sommes donc sortis de l'« âge du fer » ! Dans qu'elle ère sommes nous entrés ? L'ère du silicium qu'on trouve au cœur des ordinateurs ? Sa pérennité sur une centaine de générations humaines ne me paraît absolument pas garantie, même en en élargissant le sens à celui de la fabrication de matériaux de qualité quasi parfaite. On est plus certainement entrés dans une ère de changements perpétuels et d'obsolescence congénitale.

22 février 2008

Industrialisation

Vendredi 22 février 2008

De discussions récentes je sors la conviction d'avoir contribué à la transition de la recherche de l'artisanat à l'industrie. Nombreux sont les collègues de ma génération qui n'en ont pas conscience, plutôt ils ne souhaitent pas voir car ils se sentent inadaptés au nouveau monde et préfèrent continuer à se bercer de l'illusion de n'être pas sortis de leur jeunesse.

Faire de la recherche est devenu un simple travail, les compétences ont glissées : il faut maintenant acquérir des compétences dans l'écriture de programmes. Cela tient à ce que nos sociétés sont toujours plus dépendantes de technologies toujours plus pointues. Il est probable que les espaces de créativité scientifique seront préservés pour assurer l'alimentation amont des programmes de recherche. L'assertion suivant laquelle « il y a plus de savants vivants aujourd'hui qu'il n'y en a eu depuis le début de l'histoire de la science » n'a probablement jamais été vraie, mais on s'en éloigne chaque jour un peu plus. Un chercheur n'est pas un savant, au mieux il est un expert. Le nombre de savants est très certainement resté constant au cours des 150 années écoulées. Il faut espérer que pourront subsister des acteurs de la science pour traquer les subtilités de la mécanique quantique.

Empires

Jeudi 21 février 2008

Excellent programme sur TV5 : l'empire des Incas. J'ai pu résoudre ce qui restait pour moi un mystère. J'ai accepté depuis longtemps la théorie selon laquelle la civilisation naît dans les grands bassins fluviaux favorables à l'agriculture à condition de pratiquer un travail collectif de canalisation et d'endiguement. Tout va bien avec le Tigre et l'Euphrate en Mésopotamie, avec le Nil et l'Égypte, ainsi qu'avec le Fleuve Jaune pour la Chine. Les civilisations précolombiennes me sont longtemps apparues comme en marge de cette théorie,la rendant de ce fait caduque. Or, des relevés topographiques récents par satellite ont révélés sous la couverture forestière du Yucatan un vaste réseau de canaux qui ont fait entrer la civilisation Aztèque dans la théorie générale. Mais quid des Incas ? Eh bien les images vues parlent d'elles-mêmes : il a fallu creuser et entretenir d'innombrables terrasses de montagne, creuser et entretenir 40 000 km de routes dont de nombreuses à flan de montagne. L'affaire est intéressante car il ne s'agit pas cette fois d'irrigation de sorte que la nécessité d'un travail collectif d'envergure encadré et régulé prend une valeur plus universelle comme facteur générique de civilisation.

Question suivante : pourquoi le bassin fluvial du Mississippi-Missouri n'a-t-il pas donné naissance à une grande civilisation ? Il faut probablement admettre qu'un ou plusieurs autres facteurs sont nécessaires à la naissance d'une civilisation. Une pression démographique peut être ?

Regardant le « Lac des cygnes » sur la nouvelle télé à écran plasma j'ai compris ce que pouvait être le pleurage d'un écran. De nombreuses danses en tutu blanc avaient lieu sur fond noir assurant un contraste maximum. Dès qu'une jambe ou un bras se déplaçait rapidement (et c'est très courant dans la danse) le membre concerné était suivi d'un nuage d'étincelles » bleues plus éloigné du pied que de la cuisse, là où la vitesse linéaire de l'image est la plus forte. Cela est dû à la relativement faible vitesse d'extinction des pixels d'un écran plasma. Il s'agit bien sûr d'un cas extrême, l'effet ne se manifeste pas dans les situations ordinaires et il n'empêche pas de bénéficier de la très grande qualité du noir de cette technologie.

23 février 2008

Projet

Samedi 23 février 2008

L'évolution actuelle de la structuration de la science nous entraîne vers un mode d'activité sur projet.
Quel peut bien être le théoricien qui a conçu cette évolution ? Probablement n'y en a-t-il pas. Le financement de projets de recherche par un nombre croissant d'institutions en est probablement responsable : régions, Europe, ANR ...
Cette évolution du fonctionnement de la recherche pose la question de la place de la créativité. Il convient bien sûr d'en assurer le financement régulier sur le long terme. Si cette part est préservée, la créativité n'est probablement pas incompatible avec la notion de projet. Il convient aussi de ne pas mélanger science et technique ce qui pour le moment relève du vœux pieux. Il ne faut pas demander aux chercheurs fondamentaux de se transformer en technologues. C'est un métier qu'ils ne connaissent pas et dans l'exercice duquel ils ne peuvent être que détestables. Par contre ils doivent rendre des comptes sur leur créativité.
Les Bell Labs du temps de leur gloire, jusqu'à la fin des années 80, recrutaient sur projet des jeunes gens à qui il était demandé d'être créatifs. Peux d'entre eux tenaient la distance à long terme, tous courraient après un Prix Nobel. Les survivants devenaient responsables des orientations scientifiques, souvent après une large moisson de prix prestigieux, les autres irriguaient de leur savoir faire, de leur expertise, de leur expérience, les universités et les entreprises du pays, troquant leur sécurité matricielle pour devenir qui pédagogue, qui ingénieur, qui entrepreneur. Le flux de cette dynamique a été rompu sans que les conséquences n'en soit encore mesurées.

27 février 2008

Spitzberg

Mercredi 27 février 2008

J'ai appris hier l'inauguration d'une banque de semences et les chaînes de TV nous ont inondées d'images. Il y avait du beau monde pour cette inauguration, un premier ministre, un président de Commission Européenne, des Prix Nobel. Tudieu que les petits fours ont dû être bon. Tout cela m'a pourtant laissé un arrière goût bizarre.
Il est très rare que je ne soit pas informé d'un projet aussi gros, c'est tellement rare que je n'en ais pas de souvenir. Creuser une chambre forte naturellement réfrigérée au Spitzberg n'est pas une mince affaire et pourtant aucun des vecteurs d'information scientifique qui constitue mon ordinaire n'en a fait état au cours des années passées. À croire que ce projet n'a pas été très publié ni très communiqué et pourtant on parle de 10 M€.
Pourquoi le Spitzberg ? Pourquoi pas un lieu plus facile d'accès qui n'aurait pas gonflé immodéremment le coût du projet ?
Mais le plus bizarre dans cette histoire est la présence sur les images d'un garde armé. (image 1, image 2) Pourquoi un garde armé pour protéger des semences au milieu de nulle part ?

Parano ? Pas forcément. En 1968, un sous-marin nucléaire soviétique coulait dans l'océan Pacifique. Les services secrets américains voulaient à tout prix le récupérer et c'est le milliardaire Howard Hughes qui s'en chargea, affretant, en 1972, le Glomard Explorer, pour officiellement tenter une exploitation de nodules polymétalliques, l'opération Jennifer. Les nodules polymétalliques ont une réalité qui a servi dans ce cas à créer un rideau de fumée pour une opération d'espionnage d'envergure. Je n'ai pas oublié ma rage de m'être laissé berner quand la manipulation a été rendue public.

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