Un nouvel article, sur le mécanisme d'Anticythère, vient de paraître dans le numéro 389, de mars, de la revue « Pour la Science ».
Les choses avancent car une analyse tomographique par rayon X a été réalisée qui donne une idée de la distribution dans l'espace des différents éléments inclus dans la gangue qui a été retrouvée.

Reconstitution partielle des trains d'engrenages
On parle maintenant d'une machine à prédire les jours d'éclipse de Lune et de Soleil. On parle surtout d'engrenages épicycloïdaux. Le site Edumeca donne une excellente illustration d'un
réducteur épicycloïdal. Si on ne garde qu'un seul des engrenages planétaires (bleu) l'extrémité de chacune de ses dents parcoure une courbe
épicycle qui donne une approximation honnête du mouvement dans le ciel d'une planète en considérant qu'elle tourne autour de la Terre, suivant une théorie d'Hyparque au IIe siècle av. JC. À ce train cycloïdal d'engrenage s'ajoute la présence d'une fente et d'un axe devant ralentir et accélérer le mouvement de la Lune, mais c'est déjà ce que fait l'épicycle.
Je suis confus, ce travail me laisse un sentiment de
numérologie, il me semble qu'il y a beaucoup d'hypothèses et de spéculation dans cette « démonstration » et tant pis si à la fin de la démonstration il reste un engrenage qui ne sert à rien. Mais je n'ai peut-être pas la compétence.
Je suis plus gêné cependant par le caractère isolé de cette
machine. Un superbe isolement temporel. Il faut attendre les machines à tailler les engrenages pour voir l'horlogerie se développer, après le XVIe siècle. Comment comprendre qu'une machine d'une telle sophistication n'ait pas de précédent, ni de descendance ? J'ai appris jeune, par expérience, que la fabrication d'engrenages est une affaire délicate même quand on dispose d'un plateau diviseur de qualité. L'alignement des axes n'est pas une mince affaire non plus. Je ne doute pas qu'il y ait eu en Grèce au IIe siècle avant JC des artisans doués, même si la culture de l'époque n'a pas daigné en consigner les savoir-faire. Mais quand même, quand il faut engrener cinq roues successives l'à peu près ne marche pas, les frottements deviennent rapidement rédhibitoires.
Bref, je ne suis pas loin de penser que l'on a affaire à un saint suaire de la mécanique. Pendant 9 mois des pêcheurs d'éponges ont remonté, au début du siècle dernier, quantité de matériel, sans que cela puisse être considéré comme une fouille archéologique en règle.
Alors ? Mélange de matériels archéologiques. Canular sophistiqué impliquant épigraphie, astronomie et horlogerie.
Le mystère s'épaissit. Ne serait-il pas temps d'effectuer une analyse isotopique du bronze ?